samedi 17 septembre 2011

Cimetière du Calvaire à Montmartre

 

Ouvert seulement le jour de la Toussaint

Le cimetière de ce nom, ouvrant sur le côté gauche du parvis de l’église Saint-Pierre, se trouve sur l’emplacement d’un ancien cimetière mérovingien s’étendant jusque sous le Sacré-Cœur et remontant à l’époque où, à la place de l’église Saint-Pierre, s’élevait la chapelle du VIsiècle.

 

Bien qu’on ait découvert, en 1875, derrière l’abside de l’église des sépultures du XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles, on n’a pas de renseignements sur l’endroit où les paroissiens de Saint-Pierre purent être inhumés avant 1688 ; peut-être l’ont-ils été tous dans l’église, ce qui n’est pas impossible car ils n’étaient pas nombreux.

 

Le cimetière offre une exceptionnelle « photographie » du Montmartre d'il y a deux siècles. Dans un esprit, précurseur pour l'époque, d'égalité devant la mort, de grands seigneurs, parmi lesquels des familiers de Charles X, côtoient de simples paysans, artisans et commerçants avec une représentation privilégiée des métiers spécifiques de la Butte: meuniers, vignerons, cultivateurs, carriers et plâtriers, etc. Il est un témoin précieux de l'histoire de Montmartre de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe. Le cimetière est ainsi remarquable par l'homogénéité, la simplicité et la sobriété des tombes qui sont, le plus souvent, de même facture et de même style, aussi bien pour les défunts les plus illustres que pour les personnes les moins connues. Aucun monument d'envergure ne vient troubler cette harmonie, exception faite du petit moulin des meuniers Debray qui rappelle opportunément que l'on se trouve à Montmartre. 


En 1688, les Dames de Montmartre donnèrent à la paroisse un petit terrain (600m²) prélevé sur leur verger, pour servir de cimetière (en fosse commune) aux paroissiens infortunés. Il devint à la révolution, la propriété de la commune de Montmartre. Fermé peu après, remplacé par celui du Champ-du-Repos (cimetière Montmartre), il fut rouvert en 1801, au moment du Concordat, il fut fermé pendant la Révolution après avoir été saccagé puis définitivement fermé en 1823, lorsqu’il fut plein. Toutefois, des vides s’étant produits (on inhumait alors en fosses particulières) des inhumations purent y avoir lieu de 1828 à 1831. Il fut remplacé à cette date par le cimetière Saint-Vincent et, tout comme ce dernier, il ne sert depuis lors qu’aux membres des rares familles qui y ont une concession à perpétuité. Antérieur de trois ans au cimetière du Père-Lachaise, il est le plus ancien des cimetières parisiens  car pendant toute sa période d’ouverture, (1801-1831) il a été utilisé par les paroissiens du « Bas Montmartre » (quartiers parisiens du Faubourg Montmartre et de la Chaussée d’Antin) bien que ce territoire ait été administrativement séparé de la Butte en 1790 pour être rattaché à Paris.

Fermé définitivement en 1831, corrélativement à la création du cimetière Saint Vincent par la commune de Montmartre, le cimetière du Calvaire compte 87 tombes répertoriées. Plus du tiers de ces sépultures accueillent des membres de familles aristocratiques, parfois très connues, installées dans le « Bas-Montmartre » Les autres tombes sont celles d'habitants de la Butte, de l'ancien hameau de Clignancourt et du secteur de l'ancienne « barrière » construite par les Fermiers Généraux en 1787, aujourd'hui Place Clichy, place Blanche, place Pigalle...

Citons, parmi les quatre-vingt tombes qu’il contient aux inscriptions bien effacées qu’il renferme, les sépultures suivantes :

 

2 - Familles MOURLOT, SAVOURÉ et COMPOINT: vieux montmartrois


27 - Baron HERSANT des TOUCHES (1 773-1826) : préfet


28 - Duc de CRILLON (Louis des BALBES de BERTON de) (1742-1806): général dont le père, également duc et général, donna son nom à l'Hôtel Crillon (place de la Concorde)


29 - Mgr E. BERNIER (1 762-1806): évêque, fut un des artisans du Concordat signé entre Napoléon Bonaparte et l'Eglise Catholique (1 801)


32 - Famille DEBRAY: les plus célèbres meuniers de Montmartre, créateurs du « Moulin de la Galette » (salle de bal au XlXe siècle immortalisé par les peintres dont Renoir) au monument reconnaissable à son petit moulin


33 - Pierre FINOT (1743-1816): maire de Montmartre


36 – Famille du Chanoine Pierre PORTAL (1743-1806) : aumônier du Roi (six emplacements)


37 - Famille OTTIN : parents du curé de St Pierre qui fut le créateur du Calvaire en 1833


38 et 61 - Famille LÉCUYER: vieux montmartrois, peut-être la plus vieille famille de la Butte


39 - Ch. CAIRES de BLAZERE (1752-1840): curé de St Pierre qui obtint de Napoléon 1er, venu voir le télégraphe de Chappe, la construction d'une route (rue Lepic)


43 - Félix DESPORTES (1763-1849) : premier maire de Montmartre, ambassadeur, préfet


48/49, 56/57, 75 - Famille de RIGAUD de VAUDREUIL (marquis et comtes): officiers généraux, gouverneurs du Canada, princesse de LA TOUR d'AUVERGNE


50 - Princesse B. GALITZINE (morte en 1804) : épouse de l'ambassadeur de Russie en France


51-52 - Famille FEUTRIER : vieux montmartrois, propriétaires du « Château-Rouge » (salle de bal célèbre au Xe siècle)


53 - Baron Antoine PORTAL (1742-1832): premier médecin de Louis XVIII, le plus célèbre médecin et chirurgien de l'époque, fondateur de l'Académie de médecine en 1820 après avoir occupé la chaire d’anatomie au jardin des Plantes.

 

55 - Comte Mathieu DUMAS (1753-1837) : général, ministre de l'Empire, écrivain militaire.


65 - Comte L. - A. de BOUGAINVILLE (1729-1811) amiral, explorateur célèbre représenté par le cœur du navigateur mort à 23 heures le 31 août 1811, 5 passage des Petits Pères, (le corps repose au Panthéon) et par celui de son fils (1801)


66 - Familles de LABORDE et de MONTESQUIOU- FEZENSAC grands aristocrates au nom intimement liés à l'histoire de France (d'Artagnan, la guerre d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique, la rue de Provence et le Faubourg Montmartre, le sabordage de la flotte à Toulon en 1942-, etc.)

 

 67 - Famille de FITZ-JAMES : ducs descendants d'un fils du roi d'Angleterre Jacques Il


68 - Comte de MAILLÉ de LA TOUR-LANDRY (1771-1839): ami de Charles X, représentant d'une des plus vieilles familles de France


70 - Famille du VAL d'EPRÉMESNIL : descendants du magistrat du Parlement de Paris connu pour son rôle au moment de la Révolution 


71 - Général (1850) et comtesse SWETCHINE (1857) : gouverneur de Saint-Pétersbourg et son épouse, femme de lettres célèbre au XIXe siècle. Mme Swetchine (sœur aînée de M de Maistre et fille cadette de Saint-Augustin)  une mystique mondaine, qui eut, un temps, une très grande influence sur le tsar Alexandre Ier, que Sainte-Beuve désigne la « Mme de Sévigné russe »


76 - A. L. PINON de SAINT GEORGES (1720-1806): sans doute l'ancien propriétaire de la « Grange-Batelière »
79 - Pierre BONNIE (1760-1840) : chirurgien du prince de Condé


AUTRES SEPULTURES INTERESSANTES


1- Hélène de BORY (décédée en 1801): famille de l'amiral de Bory 


2- Etienne THUILLIER (1743-1805): sculpteur


13 - Jacques GUIBOUT (1760-1814): garde national (l’un des quatre qui sauvèrent la vie de Louis XVI, le 20 juin 1792, aux Tuileries

 

14 - Adélaïde d'ESTREAN AQUIMACE (décédée en 1802): épouse du général espagnol Benito Pardo de Figueroa


15 - Thérèse de MONTENAY : famille du savant Bochart de Saron 


24 - Familles GLERGEAN-LACROIX et MONTSARRAT: vieux montmartrois


35 - Jeanne de la BOURDONNAYE (décédée en 1808) : personnalité de l’Immigration


40 - Vicomtesse de SOURCHES (1757-1846): de la famille de l'ingénieur RIQUET, duc de CARAMAN, créateur du Canal du Midi


47 - Mgr de VOISINS (décédé en 1809), évêque, aurait été aumônier de Napoléon 1er


58 - Marquis du VESC


60 - François CONSTANT, comte de ROMANET (1 756-1805) : habitant de Clignancourt


62 - Louis de BOCHET du BOTORET, comte de SOTRIBÉ (décédé en 1802)


82 - M. A d'AGUERRE (1 789-1821): épouse du général vicomte de La Borde Lesgo


83 - Famille BERTHIER DE VIVIERS Plaque Jean-Sébastien GALANIS (1910-1940) : officier de marine mort pour la France libre, fils du graveur montmartrois D.E. GALANIS


Sépultures ayant disparues 


-Duc de BRANCAS (décédé en 1802) propriétaire du château du Coq


-Amélie MICAULT de LA VIEUVILLE (1 784-1803) : fille des fondateurs de l'asile de la Providence


-Fink DUBOIS (décédé en 1822): curé de Saint-Pierre



Malgré la constante affirmation de la présence de la tombe du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle au cimetière du Calvaire, Pierre Guibout en a démontré l’impossibilité. En effet, elle ne figure pas dans l’inventaire dressé en 1885 des épitaphes du cimetière.

Pour ceux que cela intéresse : dans le registre de Saint-Germain l’Auxerrois, il est stipulé :

Le lundy vingt-deux août 1785 M. Jean-Baptiste Pigalle, écuyer sculpteur du Roy, chevalier de l’ordre de St Michel, chancelier de son Académie Royale de peinture et sculpture et l’un de ses quatre recteurs, membre de l’académie Royale des sciences et belles lettres de Rouen, citoyen de la ville de Strasbourg, âgé de soixante et onze ans environ, décédé hier rue St Lazare de cette paroisse, a été inhumé dans le cimetière avec l’assistance de grand chœur, en présence de Jean-Pierre Pigalle, sculpteur, demeurant à la Petite Pologne, de Louis-Philippe Mouchy, sculpteur du Roy, demeurant Gallette du Roy, paroisse Saint Germain l’Auxerrois, de Pierre-Noël Lachenait, marchand orfèvre, et plusieurs autres soussignés.

Où donc se trouvait le cimetière de cette paroisse en 1785 ? Depuis 1771 c’était Saint-Nicolas-des-Champs, ou Bonne-Nouvelle jusqu’en 1782. Ensuite, ce fut celui des Porcherons, vers le carrefour Châteaudun (9e) alors désigné « cimetière Saint-Germain-l’Auxerrois-du-faubourg-Montmartre » et qui fut clos en 1793 ; il est donc vraisemblable qu’il ait accueilli Jean-Baptiste Pigalle.

Après la désaffection de ce cimetière, que sont devenus les restes du sculpteur ? Mystère…

 

Le cimetière du Calvaire a une porte en bronze due au sculpteur italien Gismondi qui offrit les portes de l’église Saint-Pierre à l’occasion de la visite du pape à Paris en 1982. Jean-Paul II s’en vint à la basilique, mais ne daigna pas s’approcher de Saint-Pierre.

 Cordonnées et renseignements:

Cimetière du Calvaire: 2, rue Mont-Cenis 75018 PARIS 

Ouvert au public à la Toussaint ainsi qu'aux Journées du Patrimoine et des Jardins. 
S'adresser à la Conservation du Cimetière Montmartre 
20, Avenue Rachel 75018 PARIS, tél. 01 53 42 36 30

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